Les types de fusain
Le fusain traditionnel est une fine branche de bois carbonisée, le plus souvent de saule ou de vigne. Il existe aussi des formes transformées, plus noires et plus stables. Chaque forme a son rôle dans un même dessin.
| Type | Noir obtenu | Effaçable | Usage |
|---|---|---|---|
| Fusain en branche (tendre, moyen, dur) | Gris chaud à noir mat | Très facilement | Mise en place, grandes masses, retouches |
| Fusain compressé (bâton) | Noir profond | Difficilement | Ombres les plus sombres, en fin de travail |
| Crayon fusain (gainé de bois) | Noir, plus ou moins selon la dureté | Moyennement | Détails, contours précis, petits formats |
| Poudre de fusain | Gris à noir | Facilement | Fonds teintés au chiffon ou au pinceau |
Pour débuter, un assortiment de fusains en branche de différentes épaisseurs, un bâton de fusain compressé et un crayon fusain tendre suffisent. Le fusain en branche est le plus formateur : il ne permet pas le détail, ce qui oblige à voir les masses.
Préparer son poste
- Le format : travaillez grand, au moins A3. Le fusain est fait pour le geste du bras ; sur un petit format, il bouche tout.
- La position : feuille verticale ou très inclinée, sur un chevalet ou une planche appuyée contre une table. La poussière tombe au lieu de s’étaler sous la main, et vous voyez le dessin sans déformation.
- Le papier : un papier à grain, d’au moins 120 g, accroche les particules de fusain. Un papier trop lisse laisse glisser le bâton et ne retient pas les noirs. Le guide du papier de dessin détaille les grains.
- La protection : vêtements que vous ne craignez pas de salir, lingettes ou chiffon à portée de main. Évitez de souffler sur la poussière près du visage ; tapotez plutôt la planche pour la faire tomber.
Les gestes du fusain
Le trait de pointe
Tenu comme un crayon, le fusain trace des lignes dont l’épaisseur varie avec la pression et l’angle. Utilisez une pression très légère pour la mise en place : un trait de fusain tendre léger s’efface d’un revers de chiffon.
Le flanc du bâton
Cassez un morceau de 3 à 4 cm et couchez-le sur le papier. En le tirant de côté, vous déposez une large bande de gris régulier. C’est le geste principal pour poser les masses d’ombre en quelques secondes. Variez la pression pour obtenir un dégradé dans la largeur même de la bande.
Estomper
Le fusain se fond très facilement. Un chiffon doux adoucit une grande zone ; une estompe en papier fond une petite zone avec précision. Le doigt fonctionne aussi, mais il laisse du gras qui empêche ensuite le fusain d’accrocher. Estompez pour unifier une ombre ou un fond, pas partout : un dessin entièrement estompé perd sa vie.
Gommer en lumière
Au fusain, la gomme est un outil de dessin à part entière. Pétrissez une gomme mie de pain en pointe ou en arête, et tamponnez ou tirez pour retirer le fusain là où la lumière frappe. Vous « dessinez » ainsi les lumières en blanc dans une zone grise. Les outils sont comparés dans gomme et estompe.
La méthode soustractive : partir du gris
Une approche typique du fusain consiste à ne pas partir d’une feuille blanche. Couvrez toute la feuille d’un gris moyen uniforme, avec le flanc du bâton puis un chiffon. Le papier devient le ton moyen de votre dessin.
- Le fond grisFrottez le flanc du fusain tendre sur toute la feuille, puis lissez au chiffon en cercles larges.
- La mise en placeTracez les grandes formes du sujet d’un trait léger à la pointe, en vérifiant les rapports comme dans proportions en dessin.
- Les lumièresAvec la gomme mie de pain, retirez le gris dans les zones éclairées. Commencez par les plus grandes, finissez par les petits reflets.
- Les ombresFoncez les ombres propres et portées au fusain tendre, puis ajoutez les noirs les plus profonds au fusain compressé, en dernier.
- Les accentsQuelques traits nets au crayon fusain sur les contours côté ombre et dans les détails importants. Arrêtez-vous tôt.
Cette méthode force à penser en valeurs dès la première minute. Elle s’appuie directement sur les zones d’ombre décrites dans ombre et lumière en dessin.
Fixer un dessin au fusain
Le fusain ne pénètre pas le papier : il reste en surface et part au moindre frottement. Un dessin non fixé s’abîme en quelques manipulations.
- Utilisez un fixatif en bombe pour dessin, à l’extérieur ou dans une pièce très aérée, en suivant les consignes de sécurité du fabricant.
- Vaporisez à environ 30 cm, feuille verticale, en balayant de gauche à droite sans vous arrêter sur une zone. Plusieurs couches fines valent mieux qu’une épaisse, qui fait des coulures et des taches.
- Attendez le séchage entre deux couches, selon la notice.
- Fixez en cours de travail si vous voulez superposer : une couche légère de fixatif stabilise les premières valeurs et permet d’en ajouter par-dessus.
Le fixatif fonce légèrement les valeurs et atténue un peu les blancs gommés : prévoyez des lumières légèrement plus claires que voulu. Une fois fixé, rangez le dessin à plat avec une feuille intercalaire.
Exercice : trois objets en trois valeurs
Durée : 30 minutes, format A3. Placez trois objets simples (une bouteille, un bol, une pomme) sous une lampe latérale. Utilisez la méthode soustractive : fond gris, lumières à la gomme mie de pain, ombres au fusain tendre. Interdiction de dessiner un contour fermé autour des objets.
Critère de réussite : vus à trois mètres, les trois objets se détachent du fond uniquement par leurs différences de valeur, et chacun paraît en volume. Si le dessin semble plat, les lumières ne sont pas assez claires : reprenez-les à la gomme.
Erreurs fréquentes
- Commencer par le compressé : il ne s’efface presque pas. Gardez-le pour la fin.
- Travailler à plat sur un petit format : la main frotte, tout se salit. Redressez la feuille et agrandissez.
- Tout estomper : un aspect flou et sans relief. Gardez des traits et des bords nets.
- Oublier de fixer : le dessin se dégrade dès la première manipulation.
Astuce : le fusain est idéal pour les croquis de modèle vivant ou de mouvement, car il permet de poser une masse entière d’un seul geste. Essayez-le pour vos séances de croquis rapide.
Plus salissant mais plus expressif que le crayon graphite, le fusain se prête particulièrement au portrait, où les grandes masses d’ombre du visage priment sur le détail. Il intervient dans le parcours apprendre à dessiner une fois les valeurs comprises.